Le Tea Party, seule saveur de 2010 ?
En cette soirée de détresse pour les démocrates de Barack Obama, républicains et représentants du Tea Party, les Tea Baggers, se congratulent autour de leur union temporaire, mais victorieuse. Les élections du 2 novembre 2010 consacrent une vague rouge conservatrice remportant 239 sièges à la Chambre des représentants, 46 au Sénat et 29 postes de gouverneurs. Devant cette réussite quasi totale, deux ans après leur défaite aux élections présidentielles, il n'existe pas de différences en apparence entre le Grand Old Party (GOP) et les nouveaux venus ultraconservateurs. Les premiers savourent en effet leur retour au sommet et les seconds s'enflamment devant leur succès, seulement quelques mois après leur apparition.
Si 2008, voire 2006, consacraient le changement, 2010 a apporté sa nouveauté : la présence sur-médiatisée d'un tiers parti au sein d'un système ancestralement bipartite. Le Tea Party souhaite désormais s'inscrire dans la durée. Mais quel est réellement l'impact de ce groupe sur ces élections et sur le futur de la droite républicaine ? Les candidats victorieux au poste de sénateurs comme Scott Brown en Pennsylvanie en février dernier ou Rand Paul dans le Kentucky ou encore Marco Rubio en Floride aux dernières élections doivent-ils perçus comme la nouvelle flamme républicaine ou les porte-drapeaux d'un parti émergent ?
Des extrémistes en quête perpétuelle d'autonomie
Le Tea Party se définit comme une nébuleuse conservatrice, anti-establishment, qui fait frissonner aussi bien dans les couloirs de l'Administration démocrate que dans les rangs républicains. L'expression Tea Party fait référence aux prémices de la révolution américaine de 1773 à Boston et se prétend être le symbole d'un retour résolu à la pratique politique des Pères fondateurs et à la Constitution.Les manifestants Tea Party, anciennement et vulgairement appelés "Tea Baggers", veulent qu'on “leur rende leur pays ”, prétendument volé par Barack Obama et sa politique jugée trop libérale, à la limite du socialisme. Un retour aux traditions voire à l'isolationnisme.
Apparu au printemps 2009, le Tea Party, porté par un large enthousiasme et des campagnes à plusieurs millions de dollars, a su capitaliser sur une série d'événements. Une opposition active à la réforme du système de santé, l'énervement envers la situation économique et le “ stimulus package ” de 787 milliards de dollars a permis de jouer sur la paranoïa, l'angoisse et l'antiélitisme tout en s'entourant de figures emblématiques comme Sarah Palin, l'ex-colistière de John McCain, candidat à la Maison Blanche en 2008 et de Glenn Beck, animateur star de la chaîne conservatrice américaine, Fox. Ce dernier a notamment organisé un « rally » à succès le 31 août dernier sur le mail devant le Lincoln Memorial, réunissant plus de 85 000 militants.
Le Tea Party, s'il est classé à droite, entend toutefois conserver une certaine indépendante vis-à-vis des républicains, en renvoyant dos à dos les deux grands partis, souvent soupçonnés de collusion par l'opinion publique. Le parti extrémiste réclame d'ailleurs aux républicains douze sièges à la Chambre des représentants et quatre au Sénat.
L'une des créatrices du mouvement, Jenny Beth Martin, rappelle, au soir du 2 novembre dernier, qu'“il ne s'agit pas que d'une seule élection et que ce n'est pas une victoire des républicains ”, bien que cela en ait tout l'air.
Il est donc difficile de placer parfaitement le Tea Party sur l'échiquier politique. Si certains experts français en la matière, tel Romain Huret, constatent que des mouvements de ce type apparaissent tous les vingt ans, poussés par le mécontentement général et les montées nationalistes, le Tea Party semble, une fois n'est pas coutume, s'appuyer sur de solides fondements.
Selon les manifestants du Tea Party, les Américains se sont rendu compte qu'ils s'étaient trompés il y a deux ans, avec l'élection de Barack Obama. Au sortir des urnes, quatre Américains sur dix exprimaient d'ailleurs leur soutien au mouvement extrémiste.
Les médias, acteurs de la montée nationaliste
Le Tea Party s'est formé une réputation grâce à sa présence médiatique inédite. Si chaque fait et geste du président Obama est observé et détaillé sur Internet et à la télévision, ceux des représentants et supporters Tea Party l'ont été tout particulièrement aussi ces derniers mois.
Avec des personnages hauts en couleur, éludant ainsi des sujets plus sérieux et consensuels, des figures controversées par leurs propos souvent à la limite du racisme et leur implication dans une possible dérégulation de la balance bipartisane au Congrès, le Tea Party a eu de quoi occuper l'espace médiatique. En reprochant à Barack Obama d'avoir failli à son slogan “Yes, we can”, en dépensant l'argent des contribuables et celui des générations futures, le mouvement a acquis les voix de plusieurs millions de personnes, issues particulièrement des classes moyennes souhaitant être davantage consultées et exigeant le recul du pouvoir fédéral.
Le Tea Party Express Tour, un tour en bus à travers l'Amérique profonde, a permis de constater que les Américains ne veulent plus d'un assistanat de Washington à distance. Combien parmi ces congressistes protestataires savent que Barack Obama a déjà réduit de manière historique leurs impôts grâce au Stimulus Plan et leur vient en aide grâce à la réforme de Santé qui n'a certes pas encore été appliquée ? Peu à coup sûr, mais ces gens-là veulent tout, tout de suite. Un credo parfait pour un mouvement contestataire et populiste, qui n'a certes pas les épaules pour être au gouvernement, mais qui correspond parfaitement à la demande de ces patriotes.
Alors le Tea Party, fragile bande d'allumés ou durables politiciens ?
Ce nouveau parti n'est pas sans faille. Outre le soutien populaire, certaines voix au sein des Républicains pointent d'ores et déjà les défaillances des nouveaux élus de la politique outre-Atlantique. En effet, les défaites de Christine O'Donnell dans le Delaware pour le poste de sénateur, pourtant figure de proue du mouvement durant la campagne électorale, ou dans le Colorado dans la course des gouverneurs où le Tea Party finit troisième, sèment le trouble quant à la fiabilité des ultras conservateurs qui privent les républicains de postes influents et de la majorité au Sénat. Car si ces dangereux Tea Parties ne s'étaient pas interféré lors des primaires, les républicains l'auraient à coup sûr emporté dans ces États. Dans le Nevada également, le célèbre démocrate Harry Reid n'a du son salut qu'à une ambition trop personnelle du candidat du Tea Party.
C'est donc un mouvement minoritaire et transgressif, malgré ses allures de vague majoritaire, qui a perdu des combats qui se présentent face à un nouveau défi, celui des présidentielles de 2012. Il faudra compter sur eux à coup sûr.
Certains américanistes reconnus, comme Vincent Michelot en France, lors d'une conférence à Sciences Po Lyon, continuent toutefois d'affirmer qu'il s'agit d'un mouvement social, mais transgressif et que leurs représentants comme Sarah Palin nuisent à la politique américaine et à leur propre parti à chacune de leur intervention publique par la faible qualité de leurs propos.
Le Tea Party peut-il garder sa puissance médiatique et son aura sans échéances électorales proches ? Il faudra pour cela réussir à collaborer de près ou de loin avec les Républicains tout en gardant l'autonomie qui leur est si chère. Un pari difficile, mais pour l'heure, il est temps de gouverner. Bon courage.
